A toi,

Parce qu’il y a des moments dans la vie où on a besoin d’être soutenu e, de pouvoir parler sans retenue d’un poids qui nous pèse, d’une douleur, d’un doute, partager un gros chagrin ou bien une joie. Parce que dans ces moments-là, on se sent (très) seul e, parce qu’on a l’impression que de toute façon personne ne comprendrait, que c’est trop tard, que le mal est déjà fait. Aussi quand c’est aller trop loin, quand on a atteint un point de non-retour, quand on a fermé malgré soi son cœur. Qu’on ose même plus toucher ou se laisser toucher. Les raisons sont diverses, les causes sont multiples mais dans ces moments-là, le pourquoi n’a pas tellement d’importance, ce qui compte à mon sens ce sont les ressources qu’on mobilise pour aller accompagner, prendre soin de cette blessure.

Prendre soin, arrêter la lutte, lâcher l’idée du “je peux tout porter tout.e seul .e””. Longtemps j’y ai cru moi aussi, longtemps j’ai pensé que personne ne pourrait m’aider. Jusqu’au jour de cet accident en Inde où je suis sortie de ce corps qui est le mien, où l’on m’a opéré a vif, où je me suis sentie trahi et rejeté par l’homme que j’aimais. Ce jour-là, j’ai compris malgré moi, que cela aussi passerait mais certainement pas toute seule.

Le chemin c’est moi qui le prend, mais j’ai parfois besoin d’aide pour traverser la rive.. Aussi dur et douloureux que cela puisse être la maintenant, saches le: Cela aussi passera. Faire bonne figure ça on sait tou.te.s faire, on nous l’inculque depuis tout petit.e. Je m’attarde pas là-dessus, tu sais très bien de quoi je parles.

Et si juste une fois, tu t’autorisais à lâcher,. dans le tempo qui sera le tien, à la distance juste.

Mais s’il te plaît ne reste pas seule alors qu’à l’intérieur tu bous. Tu n’en peux plus, tu enrages, tu croules sous le poids de ce fardeau que tu portes seul.e. Blessée.e, apeuré.e : “Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir penser si enfin je dépose tout, si j’ose partager ce qui me tord les boyaux? Si j’ose affirmer que je n’en peux plus, que je ne suis pas assez forte pour traverser cette étape seule. Qu’est-ce qu’ils vont dire ?

Moi qui ai toujours fais comme si tout était ok, comme si tout roulait alors qu’en fait, dès qu’ils ont les yeux tournés, je m’effondre en cachette. Jusqu’à en devenir méchante, jusqu’à leur reprocher la vie qu’ils ont. Jusqu’à m’enfermer dans ce cycle infernal qui est le mien, accompagné par la culpabilité, le jugement et la honte.

Tu as le droit de t’effondrer, tu as le droit de ne pas savoir ou tu es, tu as le droit de douter, tu as le droit vouloir fuir cette douleur qui fait si mal, tu as le droit d’avoir peur, tu as le droit de ne plus en pouvoir, tu as le droit de hurler, tu as le droit de pleurer à grosse larmes. Oui, tu as le droit.

Tu n’es pas seule, chaque fois que tu souffres, je souffres, chaque fois que tu te sens seule, je me sens seule, chaque fois que tu as mal, j’ai mal. Nous sommes les mêmes, en ce sens je veux dire qu’on fait partie de l’Unité.

Je t’aime, Je te demande pardon, Je te remercie, Je suis désolée,

Rappelles toi que cela aussi passera.

Avec tout mon Amour
Chloé Zann